Société des Langues Néo-latines

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Éditorial du 28 juin 2006

 
Dans ce numéro où sont publiés presque tous les discours prononcés le 19 novembre 2005 lors du Centenaire de la Société, les Néo-latines regrettent d’avoir à affirmer que les conditions d’enseignement des langues ne sont vraiment pas ce qu’elles devraient être. L’assemblée générale du 10 juin 2006 s’est déclarée en désaccord avec des mesures récentes.  
  En juin 2006, nous avons appris en même temps la suppression de 7133 postes pour l’année 2006-2007 dans l’Éducation nationale et la suppression de l’oral de langue vivante à l’examen final du baccalauréat Sciences et Techniques de Gestion. Cette dernière suppression prouve une fois de plus que les langues vivantes sont la cible principale des économies imposées par le Ministère.La compréhension de l’oral et l’expression orale seront donc évaluées en cours d’année, dans le lycée du candidat au baccalauréat Sciences et Techniques de Gestion, par des professeurs de l’établissement. C’est maintenant officiel. Il est considéré comme trop cher, pour l’évaluation des langues vivantes, de payer, en fin d’année, les frais de déplacement d’examinateurs faisant partie d’un jury extérieur à l’établissement! « Nous sommes dans un contexte de réduction des crédits d’examen » a-t-il été déclaré par le ministère lors d’une réunion de travail consacrée au livret scolaire, le 2 mai 2006, organisée par la Direction de l’enseignement scolaire.  
Les Néo-latines s’étaient opposées, avec d’autres associations de professeurs spécialistes et la plupart des syndicats, à ce contrôle en cours de formation parce qu’il ne réunit pas les conditions d’un examen objectif des aptitudes du candidat.
Le Conseil Supérieur de l’Éducation Nationale de juillet 2005 n’a pas tenu compte de notre opposition argumentée. Une matière technique de ce même baccalauréat, elle, a pu échapper à ce genre de contrôle alors que les mêmes arguments étaient invoqués.
L’Assemblée générale de notre association, réunie à Paris le samedi 10 juin 2006, a manifesté son désaccord sur l’ instauration de cette évaluation-maison
car c’est faire du baccalauréat un diplôme de fin d’études secondaires et certainement pas un diplôme d’entrée dans l’enseignement supérieur universitaire. « Si l’on veut garder au baccalauréat le statut de diplôme d’accès à l’enseignement supérieur , on peut difficilement faire autrement que de passer par un examen terminal » a déclaré dans Le Monde du 18-19 juin 2006 Georges Felouzis, sociologue qui dirige le Réseau d’étude sur l’enseignement supérieur.
Par ailleurs, l’Assemblée générale demande instamment que, dans les épreuves de langues romanes du baccalauréat, soient valorisées les observations exactes des candidats qui seraient sensibles, par exemple, à l’humour du texte, au caractère « décalé » des personnages ou qui sauraient relever des procédés évidents utilisés par l’auteur. Heureusement, on ne peut exclure que des observations de ce type soient faites par des candidats. Initions nos élèves et nos étudiants au décryptage des messages assénés par les médias, développons leur esprit critique. Nous sommes persuadés qu’une grande partie des élèves de Terminale est capable de déceler les véritables intentions de l’auteur sans avoir à utiliser les arcanes de l’explication de texte la plus approfondie. Nous avions reçu des lettres et des appels d’adhérents inquiets et désamparés devant des préconisations pour la notation des épreuves écrites et orales transmises aux examinateurs.

Nous admettons cependant, car nous connaissons trop bien les conditions dans lesquelles a lieu aujourd’hui l’enseignement des langues, que l’on conseille de noter positivement les simples reformulations du sens premier du texte proposé au candidat, lors de l’épreuve d’expression orale, à condition qu’elles soient correctes ou, à plus forte raison, aisées.
Au moment de mettre sous presse, une adhérente du Loiret nous signale la volonté de l’Inspecteur d’Académie de ce département d’interdire l’apprentissage de l’espagnol dans les écoles primaires d’un secteur pour que cela ait comme conséquence de supprimer dans un délai de deux ans la section bilangue espagnol-anglais d’un collège. Cette section a été créée en 1988, et, alors que les inscriptions des familles s’élèvent chaque année, selon notre correspondante, à plus de 50 élèves, une seule classe a été ouverte pour permettre la diversification des langues à ce niveau. C’est cette classe qui risque d’être fermée à court terme. Si nous sommes authentiquement pour la diversification des langues, nous sommes contre la discrimination brutale qui s’abat sur l’espagnol. Nous allons traiter cette affaire à plusieurs niveaux.

Dans les pages de la revue, vous allez trouver, chers adhérents et chers abonnés, une très grande partie des discours prononcés le jour du Centenaire de notre Société. Ne figurent pas dans la revue, par manque de place, les poésies et les textes de catalan, d’espagnol , d’italien, et de portugais déclamés au cours de la journée, pour le plaisir de tous, par Marie-Amélie Robilliard, Guy Lamarque, Fernand Moret.

Nous tenons à remercier tout particulièrement ces intervenants ainsi que Georges Martin, président de la S.H.F, qui a lu en prononciation restituée des textes de castillan médiéval et les belles traductions qu’il en a faites.

Le président
Bernard Capdupuy

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